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La mine Pilou-Nemou

Le gisement est découvert en octobre 1884 par un prospecteur dénommé Equoy. Il est situé en rive gauche à près de 3 km du Diahot, près de son embouchure à hauteur de Balaguet. Les concessions Nemou et Pilou couvrant ce gisement lui sont attribuées deux mois plus tard en décembre. Immédiatement John Higginson, mineur et homme d'affaires extraordinairement entreprenant et qui a déja exploité le cuivre de la Balade, lui rachète ses titres miniers pour 50 000 F et constitue le "Société des Mines du Nord". Il échange ensuite 25% de ses parts contre 25% des parts de Montagnat dans le mine de plomb argentifère Mérétrice que ce dernier à découvert sur la même rive du Diahot. C'est le départ d'une histoire extraordinaire qui verra la mine exploitée quatre fois!

Premier épisode.

Higginson confie à Louis Pélatan son gendre la direction des travaux . Louis Pélatan est un brillant ingénieur des mines sorti major de l'école des mines de Paris. Sur une période de 6 mois Pélatan dirige des travaux de reconnaissance : traçages divers et un travers-bancs dans la colline au sud-ouest du creek Pilou où le minerai affleure. Cette colline deviendra célèbre sous le nom de "Cône de Pilou". La veine minéralisée y est recoupée et y est déclarée supérieure à celle de Balade.

L'exploitation est lancée au début de 1886. Les "forçats de Balade" d'Higginson sont à nouveau mobilisés et le matériel de la mine Balade-Murat est transporté à Pilou. Une voie ferrée de 2,9 km est construite jusqu'au bord du Diahot au lieu dénommé "Port Pilou". De là des chalands transporteront le minerai jusqu'au port en eau profonde de Pam situé sur l'autre rive. 200 forçats sont employés en tout avec 20 mineurs français et anglais. Le puits principal est foncé à la base du "Cône".

La zone exploitée est dénommée "filon Herbert". Il est trés riche. 364 tonnes de carbonates de cuivre et 366 t de sulfures ont été exportées sur Newcastle en Australie en 1886. L'affaire est prospère. En août 1886 Higginson a même racheté les parts de Montagnat et en a cèdé la moitié à Pélatan.

En 1887 un nouveau gisement est découvert par un prospecteur à 4 km au sud-ouest sur le versant Néhoué. Dénommé Ao il est racheté par la société et gardé en réserve.

La même année la Société construit à Pam des fourneaux "water jackets" pour fondre le minerai et produire une matte à 50% de cuivre. Elle y ajoute en août une nouvelle unité de fusion située cette fois sur le carreau de la mine Pilou. La fusion démarre le 25 avril 1888. Trés rapidement la société constate que le prix de revient des mattes est beaucoup trop élevé. La production est arrêtée dès le 1er avril 1889. Au total 188 tonnes de mattes ont été produites.

Fin 1888 le gisement du "Cône" est entièrement dépilé et l'exploitation s'approfondit. Le filon Herbert devient plus difficile et moins riche. En juillet 1890 Louis Pélatan vend ses parts à son beau-père et quitte la Calédonie pour un poste important dans la Banque Rothschild.

Au debut de 1891 la société n'est plus en mesure de payer ses dettes. Elle est liquidée. John Higginson rachète toutefois les concessions au syndic.

Le second épisode

Il débute en 1895. Des financiers anglais constituent sous l'égide de la "London and Globe Finance", la société "'International Mining Corporations Limited" et "l'International Copper Corporation", la première pour exploiter le plomb de Mérétrice, la seconde pour le cuivre du Diahot. John Higginson qui lui a vendu ses concessions, devient administrateur délégué du groupe en Calédonie. Noter qu'ils fondent aussi "l'International Nickel Corporation" (pour l'exploitation du nickel du Kopéto et du Koniambo).

Les forçats d'Higginson reviennent une seconde fois à Pilou. De nouveaux et nombreux travaux sont entrepris. Une nouvelle voie ferrée de 5,5 km est construite jusqu'à le pointe Dilah en face de Pam. Une autre est construite entre Pilou et Ao et passe par un tunnel sous la crête centrale! Deux nouveaux fours à réverbère sont construits à Pam. L'exploitation est envisagée sur la base de 400 à 500 t/mois. Les installations sont prêtes début 1898. Le "filon Georges" découvert sur l'autre face du "cône" suscite les plus grands espoirs.

L'exploitation en 1898 et 1899 est semble-t-il satisfaisante. L'International Copper change de nom et devient "les Mines de Cuivre de Pilou Limited" après une augmentation de capital.

En 1901 on constate que le prix de revient des mattes est supérieur à leur prix de vente et le filon "Georges" n'a pas tenu ses promesses. En 1902 la maison mère "London and Globe Finance" est en déconfiture et c'est le cas aussi de "Mines de Cuivre de Pilou".

Ses actifs sont liquidés en décembre 1902. John Higginson se retire à Paris où il meure en 1904 mais selon une tradition maintenant bien établie, ses héritiers rachètent les concessions et installations qu'ils entretiendront.

Le troisième épisode

Il débute en mai 1907. Les héritiers d'Higginson financés par le banquier parisien Max relancent l'exploitation avec la "Société Calédonienne des Mines".

Une nouvelle usine de fusion est créée à Dilah. Elle est achevée en 1909. L'exploitation démarre alors mais il n'y a plus les "forçats d'Higginson". La société prolonge la septième galerie et fonce la huitième à 160 m de profondeur. Les sulfures sont transportés et fondus à Dilah. Les coûts d'exploitation sont d'emblée trés élevés et l'exploitation cesse dès 1910. Un gendre d'Higginson, le Dr. Auvray rachète les actifs en 1916 et les revend à un autre gendre, l'avocat de Verteuil qui les gardera 11 ans et amorcera ainsi le quatrième épisode!

Quatrième épisode

En 1927 la "Banque Coloniale d'Etudes et d'entreprises Mutuelles" située à Paris envoie l'ingénieur civil des Mines de Fonbonne en mission d'études sur ces anciennes mines. Il y revient en 1928 et sur les conclusions favorables de son rapport la "Société des Mines du Diahot" est créée. Elle rachète tous les titres miniers de la vallée du Diahot dont Pilou-Nemou à de Verteuil.

Pour diriger techniquement l'entreprise elle embauche l'ingénieur des mines Condamin venant de la Compagnie Royale Asturienne et un géologue, Hass, venant de Pechelbronn. Ils arrivent en mars 1929. Le programme, ambitieux, porte sur l'exploitation de toutes les anciennes mines avec l'installation à Tao sur la côte Est, d'une usine de concentration par flottation. Ultérieurement une unité de traitement electolytique y est prévu. La société commence les travaux de réouverture à Balade-Murat et ce n'est qu'en 1930 que les travaux commencent sur Pilou. De nouveaux travers-bancs y sont ouverts, mais les cours du cuivre s'effondrent dans le second semestre 1930 et la société arrête ses activités.

L'histoire remarquable et édifiante de la mine Pilou s'achève-elle avec ce quatrième épisode?

Des prospections détaillées y sont faites dans les années 1970 par le BRGM sans résultats trés encourageants. En 1993 la société australienne Asia Pacific rachète la concession Pilou. Jusqu'à 1998 elles fait des prospections et notamment des sondages. Ils semblent ne pas donner les résultats espérés.

Au total il aurait été produit à Pilou environ 200 t de mattes. Celles-ci n'étaient pas trés riches, 20 à 25% de Cu, 8 à 10% de Pb et 400 g/t d'argent selon Ed. Glasser. Ca ferait environ 60 à 65 t de métaux dont 45 t de cuivre. Glasser précise aussi qu'on l'avait assuré, en 1902, avoir extrait 20 000 tonnes de minerai exporté ou fondu. Ca ferait au total sur 11 ans d'exploitation environ 2000 à 2500 t de cuivre aux teneurs probables exportées ou traitées (un peu plus de 10%). Certaines mines produisent aujourd'hui plus de 100000 t de cuivre métal par an soit, en dix ans, 500 fois plus que Pilou!

Depuis les années 1950 le cuivre est exploité dans de gigantesques gisements à basse teneur mais à trés bas coût de production en Amérique du Sud, en Amérique du Nord et dans le Pacifique (Salomons, Nouvelle-Guinée). Leurs réserves sont séculaires. Les trés petits gisements riches comme ceux du Diahot sont beaucoup plus chers à exploiter et leurs réserves sont comparativement dérisoires. Il est donc trés probable que la belle histoire des mines de cuivre de Pilou et autres mines du Diahot, est terminée.

Sources : "Memorial Calédonien", Tome II, Ed. Glasser, Rapport sur les richesses minérales de la Nouvelle-Calédonie, Dunod, 1904. Infos. personnelles J.J. Espirat