
Forêt d'Araucaria rulei au Mt. Moné (Monts Koghis)
Héritière de la végétation du temps des dinosaures , La flore de Nouvelle-Calédonie est extraordinairement originale.
Pins colonnaires (Araucaria columnari) Baie des Tortues
Sa végétation est très riche en témoins de la flore du super continent de Gondwana qui s'est fragmenté au Crétacé et d'où la Nouvelle-Calédonie est issue. La flore de la Nouvelle-Calédonie a été ainsi isolée et préservée il y a 70 millions d'années environ. Elle possède, entre autres fossiles vivants, une des toutes premières plantes à fleurs, l'Amborella qui remonterait à environ 130 millions d'années (source : Endemia).
La Nouvelle-Calédonie est dans la catégorie des champions mondiaux d'endémisme végétal. Près de 80% de toutes les espèces sont endémiques et c'est le cas pour 16% des genres. Sur moins de 20 000 km2, soit environ 4 départements Français, plus de 3380 espèces endémiques sont dénombrées et il est estimé qu'il y aurait encore 200 à 300 espèces à découvrir. Les genres endémiques sont au nombre de 113 et il y a 5 familles endémiques.
Le groupe des Gymnospermes y est exceptionnel. Sur les 19 espèces d'araucarias connus dans le monde, 13 sont néo-calédoniennes, dont le fameux "pin colonnaire", arbre symbole qui orne les rivages du Sud et qui caractérise la fameuse Île des Pins. Les 6 autres espèces d'araucarias se répartissent sur deux continents (Australie et Amérique du Sud 2 espèces chacune + 1 espèce partagée entre Australie et Nouvelle Guinée) et 2 îles, la Nouvelle Guinée (1 espèce non partagée) et Norfolk (1 espèce). Avec 44 espèces réparties en 5 genres, c'est le pays tropical au monde ayant la plus forte concentration d'espèces de ce groupe et 43 sont endémiques. La Nouvelle-Calédonie a l'unique Gymnosperme parasite connu au monde (Falcatifolium taxoides).
C'est non moins extraordinaire pour les palmiers avec 37 espèces endémiques répertoriées appartenant à 16 genres dont 15 n'existent nulle part ailleurs (notamment l'unique Pritchardiopsis jennencyi que l'on a cru longtemps disparu et dont on ne connait actuellement qu'un arbre adulte).
Elle est l'une des cinq régions du monde où existe encore le genre Nothofagus (le hêtre du continent de Gondwana) avec 5 espèces.
Les massifs de roches ultrabasiques ("massifs miniers") qui atteignent des records d'endémisme ont une végétation qui s'est adaptée à leurs sols très particuliers. Trop pauvres et toxiques pour la plupart des espèces plus modernes, ces sols ont protégé la flore gondwanienne de la compétition.
Sait-on que la Nouvelle-Calédonie a les fougères
arborescentes les plus hautes du monde?
La plus grande fougère de Nouvelle Calédonie s'appelle Cyathea
intermedia. Elle atteint 30 m.
Fôrets et maquis
Beaucoup de ces espèces endémiques sont dans les grandes forêts d'une exceptionnelle beauté dans les montagnes (la "Chaîne"). Un maquis d'arbustes aux feuillages souvent élégants et aux fleurs vives et originales s'est largement développé sur les massifs de roches ultrabasiques.
Il y a aussi une belle forêt de bord de mer avec des arbres aux feuillages foncés et denses, mais elle souffre de l'urbanisation. Malgrè son originalité et son charme elle n'est guère réimplantée sur les promenades côtières où la préséance est encore donnée au banal cocotier.
La forêt sèche, ou sclérophylle, est également un écosystème très endémique (329 espèces sur 456 sont endémiques).
Grevillea gillivrayi, photographie : Jean-Louis Ruiz
Avec ses espèces uniques, la flore calédonienne a un potentiel médical de grand intérêt. Son évaluation fait l'objet de recherches de l'IRD et de laboratoires privés. Elle est loin d'être achevée. Les Mélanésiens en connaissent l'importance médicale au travers de leurs traditions.
Les Calédoniens sont encore peu sensibles à la beauté, l'originalité et l'interêt de leur flore. Les plantes indigènes sont encore malheureusement minoritaires ou absentes dans les jardins et notamment dans les parcs et promenades publics où dominent des essences banales et souvent importées. Pourtant on sait aujourd'hui réimplanter de nombreuses espèces indigènes sur les terrains des anciennes exploitations minières.
Voir quelques specimens typiques : arbres, fleurs.
Menaces
Les feux, les défrichements, l'urbanisation et les activités humaines en général menacent la flore unique de la Nouvelle-Calédonie. Notamment il ne subsiste plus que 1% de la superficie d'origine de la forêt sèche (source : site officiel sur la forêt sèche).Toutefois, les autorités du pays ont pris conscience de cette richesse unique en luttant contre les feux, en instituant des réserves et en développant les études et les opérations de sauvegarde. Les feux, deviennent plus fréquents dans les "massifs miniers" car de nombreuses routes maintenant les penètrent. Ils y sont particulièrement dangereux pour une végétation qui y est très sensible et qui se régénère lentement et difficilement après ceux-ci. Il faut aussi faire face à l'introduction clandestine, ou même officielle, d'espèces étrangères. Elle a souvent eu des conséquences malheureuses sur la flore endémique. Mal armée pour la compétition elle peut-être supplantée facilement par ces espèces plus modernes. Par exemple le pinus des Caraïbes (Pinus caribaea var Hondurensis), officiellement introduit en 1959, envahit des maquis endémiques du sud où il a été planté, sans réel succès forestier. Une étude réalisée en 1995-1996 démontre qu'il appauvrit la diversité des espèces endémiques du maquis minier.